Qu'est-ce que s'affirmer, au juste ?
S'affirmer, c'est dire ce que vous pensez, ce que vous voulez ou ce que vous ne voulez pas, d'une manière qui respecte l'autre et qui vous respecte aussi. Ni plus fort que l'autre, ni plus bas que lui.
On le confond souvent avec deux attitudes qui n'en sont pas. S'effacer d'abord : se taire, céder, arrondir les angles pour que tout le monde soit tranquille, sauf soi. S'imposer ensuite : hausser le ton, couper la parole, vouloir gagner la discussion. Dans les deux cas, l'un des deux disparaît de l'échange.
Entre les deux existe une troisième voie, qu'on appelle parfois l'assertivité. Elle tient en peu de mots, « voilà ce que je pense », « voilà ce dont j'ai besoin », dits calmement, sans attaquer et sans s'excuser d'exister.
Ce que vous dites, ce que vous pensez
Quand on a du mal à s'affirmer, deux conversations ont souvent lieu en même temps. Celle qui se passe à voix haute, et celle qui se passe à l'intérieur.
- Vous dites « Comme tu veux, ça me va. » et vous pensez « Encore une fois, je n'ai rien choisi. »
- Vous dites « Ce n'est pas grave. » et vous pensez « Ça m'a blessé, mais je ne vais pas en faire une histoire. »
- Vous dites « Je ne sais pas trop. » et vous pensez « Je sais très bien, mais je n'ose pas le dire. »
- Vous dites « Pas de souci, je m'en occupe. » et vous pensez « Pourquoi est-ce toujours moi ? »
Ce décalage use. À force, on ne sait plus très bien ce qu'on pense vraiment, puisqu'on ne l'entend jamais dit à voix haute. Et l'entourage, lui, n'a aucun moyen de deviner ce qui se joue derrière votre sourire.
Pourquoi c'est si difficile de s'affirmer
Ne pas s'affirmer n'est pas un défaut de caractère. C'est souvent une stratégie qui a longtemps fonctionné. Se faire discret, éviter le conflit, s'adapter à l'humeur des autres : dans certains contextes, c'était la façon la plus sûre de garder sa place.
Plusieurs peurs se mêlent en général. La peur de déranger, de décevoir, d'être jugé égoïste ou prétentieux. La peur du conflit, comme si un désaccord devait forcément finir en dispute. Et parfois la peur de sa propre colère, quand on a gardé tellement de choses pour soi qu'on craint que tout sorte d'un coup.
Il y a enfin ce que vous avez appris de ce qui se fait ou non. Dans certaines familles, on ne contredit pas. Dans d'autres, celui qui parle le plus fort a raison. On arrive à l'âge adulte avec ces règles, sans les avoir choisies.
Ce que votre silence protège
Avant de chercher à « oser », il aide de regarder ce que le silence vous apporte, car il vous apporte quelque chose. Il évite une tension, il vous garde aimable aux yeux des autres, il vous épargne le risque d'avoir tort devant tout le monde.
Le problème n'est pas d'avoir cette protection. Le problème commence quand elle coûte plus qu'elle ne rapporte : des choix qui ne vous ressemblent pas, une place qui rétrécit, une irritation qui sort un jour pour une broutille et vous surprend vous-même.
C'est souvent là que les personnes que j'accompagne se reconnaissent. Sur le papier, tout va bien : un travail, des proches, une vie bien tenue. Mais à l'intérieur, une petite voix trouve qu'elle n'a pas souvent eu la parole.
Comment s'affirmer, concrètement
S'affirmer s'apprend comme le reste, par petites touches, dans des situations où l'enjeu est faible, avant de s'attaquer aux conversations qui comptent. Quelques repères simples :
- parler de vous plutôt que de l'autre : « j'ai besoin de… » passe mieux que « tu ne fais jamais… »
- dire une chose à la fois, en une ou deux phrases, sans dossier de justifications
- vous accorder un délai, car « je te réponds demain » est déjà une façon de vous affirmer
- donner un avis même s'il n'est pas définitif : « je ne suis pas sûr, mais je pencherais pour… »
- accepter qu'un désaccord ne soit pas une rupture, puisqu'on peut ne pas être d'accord et rester en lien
- commencer avec les personnes avec qui c'est le plus facile
Au travail, s'affirmer passe souvent par les faits : ce que vous avez fait, ce que vous proposez, ce dont vous avez besoin pour bien travailler. Dans le couple ou en famille, c'est plutôt le ressenti qui compte, ce que vous vivez, dit sans en faire un reproche.
Une phrase dite avec la voix qui tremble reste une phrase dite. L'assurance vient en général après, pas avant.
Quand vous vous affirmez et que ça coince
Les premières fois, l'entourage peut être surpris. Quelqu'un d'habitué à votre accord peut s'étonner, insister, ou vous trouver « changé ». C'est normal, et cela ne veut pas dire que vous avez eu tort de parler.
Il arrive aussi qu'on passe d'un extrême à l'autre : après des années de silence, une phrase sort plus sèchement que prévu. Ce n'est pas grave, on ajuste. S'affirmer ne veut pas dire avoir raison à chaque fois, mais avoir sa place dans l'échange.
Si exprimer un simple désaccord vous expose à des menaces, à des humiliations répétées ou à de la violence, la question n'est plus de mieux vous affirmer. Votre sécurité passe d'abord : contactez les services d'urgence de votre pays ou une association d'aide aux victimes.
Ce qu'on peut faire ensemble
En séance, on part de situations précises : la réunion où vous vous êtes tu, la conversation où vous avez cédé, la personne face à qui vous perdez vos mots. On regarde ce qui se passe en vous à ce moment-là, et ce que votre silence protège.
Puis on cherche une prise de parole à votre taille, dans votre vie réelle, à essayer entre deux séances. On regarde ensuite ensemble ce qu'elle a changé, chez vous et autour de vous.
Je ne vous apprendrai pas à devenir quelqu'un d'autre, ni à parler plus fort que tout le monde. L'idée est que votre voix retrouve une place, avec votre manière à vous de la porter.
À retenirS'affirmer, ce n'est ni gagner la discussion ni se faire plus petit qu'on ne l'est. C'est être présent dans l'échange, avec ce que l'on pense vraiment.