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Prendre du temps pour soi, sans culpabiliser

Le travail, la maison, la famille, les amis qui comptent sur vous. Tout tient, et tout le monde va à peu près bien. Sauf vous, peut-être, qui passez après tout le reste depuis si longtemps que vous ne savez plus très bien ce que vous feriez d'une heure libre.

Pourquoi on passe toujours après tout le monde

Personne n'a décidé un jour de ne plus jamais prendre de temps pour soi. Cela se fait par petites touches. Un week-end sacrifié, puis un autre. Une activité abandonnée « pour un temps ». Des soirées qui passent à rattraper ce qui n'a pas été fait dans la journée.

Certains rôles prennent aussi toute la place : celle ou celui sur qui on compte, qui organise, qui gère, qui ne lâche rien. Ces rôles donnent une utilité et une reconnaissance bien réelles. Ils laissent rarement un espace libre dans l'agenda.

Et puis il y a une idée, rarement dite à voix haute : le temps pour soi serait un luxe, à mériter une fois que tout le reste est fait. Or tout le reste n'est jamais fait.

Ce que vous dites, ce que vous pensez

  • Vous dites « Je n'ai pas le temps. » et vous pensez « Je ne m'autorise pas à le prendre. »
  • Vous dites « Ce n'est pas le moment. » et vous pensez « Ce ne sera jamais le moment. »
  • Vous dites « Ça va, je gère. » et vous pensez « J'aimerais que quelqu'un me demande comment je vais vraiment. »

Ces phrases sont sincères. Elles finissent pourtant par dessiner une vie où tout le monde a sa place, sauf vous.

D'où vient la culpabilité

La culpabilité qui accompagne le temps pour soi vient rarement d'une faute réelle. Elle vient d'une règle intérieure, du type « les autres d'abord » ou « on se repose quand tout est fini ». Quand vous enfreignez cette règle, même pour une heure, l'alarme se déclenche.

Cette règle a souvent été utile. Elle a fait de vous quelqu'un de fiable et de généreux, sur qui on peut compter. Elle mérite d'être regardée, pas d'être jetée. La question est de savoir si elle vous sert encore, ou si elle vous coûte désormais plus qu'elle ne vous apporte.

Prendre du temps pour soi n'est pas égoïste. C'est ce qui permet de rester présent pour les autres sans s'éteindre soi-même. Un oui donné par quelqu'un qui n'en peut plus finit toujours par se payer, en fatigue, en irritation ou en distance.

Ce que votre agenda plein protège

Un agenda toujours plein a aussi une fonction. Il évite parfois de se retrouver seul avec ses pensées. Il donne une place, une utilité, une image de soi rassurante. Il dispense de se demander ce que l'on aimerait vraiment.

C'est une situation que je rencontre souvent : des personnes dont la vie est bien remplie et bien tenue, qui n'ont objectivement « pas de raison » de se plaindre, et qui pourtant ne se sentent pas vraiment bien. Quand on regarde de plus près, il ne reste presque rien, dans leur semaine, qui soit vraiment pour elles.

Regarder cette fonction n'a rien d'un reproche. Elle aide à comprendre pourquoi une heure libre peut, au début, mettre presque mal à l'aise, et pourquoi on la remplit si vite.

Comment prendre du temps pour soi, concrètement

Pas besoin de partir une semaine pour commencer. Le temps pour soi se reconstruit souvent par petits morceaux, protégés comme un rendez-vous.

  • commencer petit : vingt minutes, une fois par semaine, pour quelque chose qui n'est utile à personne d'autre que vous
  • l'inscrire dans l'agenda, comme un rendez-vous que vous ne déplacez pas à la première demande venue
  • repérer ce qui peut être délégué, allégé ou simplement fait moins parfaitement
  • dire non à une demande par semaine, pour rendre un peu de place
  • vous demander ce que vous aimiez faire avant, quand personne ne vous attendait nulle part

Ce temps n'a pas besoin d'être productif. Marcher, lire, ne rien faire, voir une amie sans parler de l'organisation de la semaine : tout cela compte. Ce qui importe, c'est que ce moment vous appartienne.

Si la fatigue est là depuis longtemps et ne passe plus avec le repos, parlez-en à votre médecin, pour vérifier qu'elle n'a pas une autre cause.

Quand l'entourage ne comprend pas

Au début, votre heure à vous peut surprendre. Un conjoint habitué à ce que vous gériez tout, des collègues qui comptaient sur votre disponibilité, une famille qui ne vous a jamais vu dire non. Ces réactions ne prouvent pas que vous avez tort. Elles montrent seulement que l'équilibre change.

Dire simplement ce que vous faites aide souvent : « le jeudi soir, je garde une heure pour moi ». Inutile de vous justifier longuement. Avec le temps, ce moment devient une habitude, pour vous comme pour les autres, et il arrive qu'on vous trouve plus présent le reste de la semaine.

Ce qu'on peut faire ensemble

En séance, on regarde comment votre semaine est réellement remplie, ce qui vous coûte le plus et ce qui vous donne encore de l'élan. On cherche la règle qui vous fait passer en dernier, d'où elle vient, et ce qu'elle protège.

Puis on choisit un premier espace à reprendre, à votre taille, dans votre vie réelle, sans tout bouleverser. Je ne vous dirai pas quoi faire de votre temps : l'idée est que vous retrouviez le droit d'en garder un peu pour vous.

Une séance est d'ailleurs souvent la première heure depuis longtemps qui n'appartient qu'à vous.

À retenirPrendre du temps pour soi n'est pas une récompense à mériter. C'est ce qui vous permet de continuer à donner aux autres sans disparaître vous-même.

Vos questions sur ce sujet.

Prendre du temps pour soi, est-ce égoïste ?

Non. Être égoïste, c'est ne tenir compte que de soi. Prendre du temps pour vous, c'est tenir compte de vous aussi. C'est souvent ce qui permet de rester disponible pour les autres dans la durée.

Comment trouver du temps pour soi quand on a une vie très chargée ?

En commençant très petit et en protégeant ce temps comme un rendez-vous. Vingt minutes régulières valent mieux qu'une grande pause sans cesse repoussée. Regarder ce qui peut être délégué ou allégé libère souvent plus de place qu'on ne le pense.

Pourquoi je culpabilise quand je prends du temps pour moi ?

Probablement parce qu'une règle ancienne, du type « les autres d'abord », est encore très active. La culpabilité signale que vous faites quelque chose d'inhabituel, pas quelque chose de mal. Elle s'atténue en général avec la répétition.