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Le perfectionnisme, ou quand vouloir bien faire finit par épuiser

Vous refaites, vous vérifiez, vous corrigez encore un détail que personne d'autre ne verra. Le résultat est très bon. Vous, en revanche, êtes de plus en plus fatigué, et jamais tout à fait satisfait.

Pourquoi le perfectionnisme épuise-t-il autant ?

Il ne s'arrête jamais. La ligne d'arrivée recule chaque fois qu'on s'en approche, et ce qui fatigue le plus n'est pas tant le travail que la surveillance permanente de soi qui l'accompagne.

Une tâche terminée n'apporte presque aucun soulagement. Elle laisse aussitôt la place à la suivante, ou à la liste de ce qui aurait pu être mieux. Un compliment glisse en quelques secondes. Une remarque critique, elle, reste trois jours. On vit avec un contrôleur intérieur qui ne prend jamais de pause, ni le soir, ni en vacances.

À cela s'ajoute un coût caché, fait de temps passé à peaufiner ce qui était déjà bien, de projets jamais commencés faute d'être sûr de les réussir parfaitement, de moments vécus à moitié parce qu'une partie de la tête vérifie encore que tout est en ordre.

On vous trouve rigoureux, fiable, impressionnant, et c'est vrai. Personne ne voit en revanche ce que chaque résultat vous coûte, ni que vous ne vous accordez presque jamais le droit d'en être content.

Suis-je perfectionniste ou simplement exigeant ?

La différence tient moins au niveau d'exigence qu'à ce qui se passe quand le résultat n'est pas à la hauteur. Une personne exigeante est déçue par une erreur. Une personne perfectionniste se sent remise en question par elle.

Aimer le travail bien fait est une vraie qualité. Le problème commence quand la moindre imperfection semble dire quelque chose de vous, par exemple que vous n'êtes pas assez compétent ou pas tout à fait digne de confiance. L'erreur cesse alors d'être un incident et devient une menace.

Le perfectionnisme ne touche pas forcément tous les domaines. On peut laisser traîner sa vaisselle sans état d'âme et relire douze fois un simple courriel professionnel. Quelques signes permettent de le repérer :

  • vous avez du mal à considérer une tâche comme finie, même quand elle l'est
  • vous repoussez ce que vous n'êtes pas sûr de réussir parfaitement
  • déléguer vous coûte, parce que les autres ne feront pas « comme il faut »
  • vous retenez vos erreurs bien plus longtemps que vos réussites
  • le repos ne vient qu'une fois que tout est fait, c'est-à-dire presque jamais

D'où vient ce besoin que tout soit parfait ?

Avant de devenir un poids, le perfectionnisme a en général servi de protection. Il permettait d'être reconnu, d'éviter la critique, ou de garder le contrôle quand on en manquait.

Certaines personnes ont appris très tôt que l'attention arrivait surtout quand elles réussissaient, ou qu'une erreur déclenchait à la maison des tensions qu'elles préféraient éviter. D'autres ont dû se débrouiller seules, et bien faire est devenu une façon de ne dépendre de personne. Les histoires diffèrent, la logique se ressemble. Être irréprochable, c'était être en sécurité.

Le perfectionnisme se nourrit aussi de ce qui nous entoure. Des vies qui semblent parfaites sur un écran, des milieux professionnels qui valorisent l'irréprochable, l'idée qu'il faudrait réussir en même temps sa carrière, son couple, son corps et son intérieur. À ce rythme, il y a toujours un domaine en retard.

Chercher d'où il vient n'a rien d'un procès fait à votre passé. On y voit que cette exigence a eu une raison d'être, et on peut alors se demander si cette raison existe encore aujourd'hui. Cette exigence très haute envers soi se retrouve aussi chez beaucoup d'adultes à haut potentiel, souvent depuis l'enfance.

« Lâche prise », plus facile à dire qu'à faire

On ne lâche pas ce qui nous protège sans savoir ce qui nous protégera à la place. Le conseil est bon sur le fond, mais il demande de renoncer d'un coup à un réflexe qui a longtemps rassuré.

Soyons honnêtes. Demander à une personne perfectionniste de lâcher prise revient à lui confier un nouvel objectif à atteindre parfaitement. Elle va essayer de lâcher prise très bien, se reprocher de ne pas y arriver assez vite, et ajouter un échec à la liste.

Baisser ses exigences partout n'est pas la solution non plus. Certaines choses méritent votre rigueur, et vous avez le droit d'y tenir. Le travail consiste plutôt à décider où cette exigence a du sens, et où elle vous coûte plus qu'elle ne vous apporte.

Le problème n'est peut-être pas que vous n'en faites pas assez. Il se peut que vous en fassiez trop, partout, avec la même intensité.

De la perfection à la justesse

Il s'agit de remplacer la question « est-ce parfait ? » par « est-ce assez bien pour ce que ça doit faire ? ». La réponse change selon la tâche, la personne et le moment, ce qui la rend beaucoup plus vivable.

Un compte rendu interne n'a pas besoin du même niveau de finition qu'un dossier décisif. Un dîner entre amis n'est pas un examen. Une présentation peut être claire sans être brillante. Vous n'avez pas besoin d'une vie parfaite. Vous avez besoin d'une vie qui vous ressemble, et dans laquelle il vous reste de l'énergie pour ce qui compte le plus.

Quelques petites expériences peuvent aider. Vous serez peut-être surpris de constater que la catastrophe annoncée n'arrive presque jamais.

  • choisir une tâche peu importante, la rendre volontairement « assez bien », puis observer ce qui se passe réellement
  • fixer à l'avance le temps que mérite une tâche, et s'arrêter quand il est écoulé
  • noter le soir une chose réussie, avant de relire ce qui aurait pu être mieux
  • laisser quelqu'un faire à sa manière, et regarder si le résultat est vraiment moins bon, ou seulement différent

Ce qu'on travaille en séance

Ensemble, on regarde ce que votre exigence protège, ce qu'elle vous coûte, et où vous tenez à la garder. Je ne cherche pas à faire de vous quelqu'un de détendu en toutes circonstances. Je voudrais vous rendre le choix.

On part de situations récentes. La dernière fois où vous avez refait un travail déjà fini, le projet que vous repoussez, la remarque qui vous a occupé l'esprit toute une semaine. En les dépliant, on cherche ce que vous redoutez au juste si une chose n'est pas parfaite, à qui ressemble la voix intérieure qui juge, et où votre rigueur vous sert encore. Puis on choisit un premier « assez bien » à tester dans votre vie réelle.

Je ne vous promets pas de faire disparaître cette exigence, qui fait aussi partie de vos forces. Vous n'aurez pas non plus de méthode toute faite. Je ne vous accompagne pas depuis une vie parfaite, et je ne vous en proposerai pas une.

Si cette fatigue devient écrasante, si vous ne dormez plus ou si vous ne parvenez plus à faire face au quotidien, parlez-en d'abord à un médecin. En cas de danger, contactez sans attendre les services d'urgence de votre pays.

À retenirChoisissez où votre exigence mérite votre énergie, et autorisez-vous à vivre le reste sans le surveiller.

Vos questions sur ce sujet.

Le perfectionnisme est-il un défaut ?

Pas en soi. Le goût du travail bien fait est une qualité, et de belles réussites en viennent. Il devient un problème quand il ne vous laisse plus le choix et que vous ne pouvez plus faire autrement que tout contrôler, même au prix de votre énergie.

Comment arrêter d'être perfectionniste ?

Plutôt que d'arrêter, mieux vaut apprendre à choisir. Repérer ce que votre exigence protège, décider où elle a du sens, puis tester de petits « assez bien » là où elle vous coûte trop. Le changement vient de ces essais, rarement d'une grande résolution.

Le perfectionnisme peut-il mener à l'épuisement ?

Il peut y contribuer, parce qu'il empêche de s'arrêter et de récupérer. Si la fatigue devient physique ou dure depuis longtemps, parlez-en à un médecin. En parallèle, une séance peut aider à comprendre ce qui vous pousse à ne jamais lever le pied.