Ce n'est ni de l'ingratitude, ni un caprice
Quand tout va bien en apparence, le malaise arrive presque toujours avec un reproche : « D'autres ont de vraies raisons d'aller mal. » On compare, on relativise, on se trouve ingrat. Et on ajoute de la culpabilité à ce qui pesait déjà.
Pourtant, l'idée qu'une bonne situation suffit pour aller bien est dépassée depuis longtemps. Dès 1946, la Constitution de l'Organisation mondiale de la santé définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social », et pas seulement comme le fait de ne pas être malade. Santé.fr, le site public d'information en santé, le dit simplement : on peut ressentir un mal-être sans être malade pour autant.
Ce que vous ressentez n'a donc pas besoin d'une « vraie raison » pour mériter votre attention.
Ce que disent les chiffres
En France, la satisfaction moyenne dans la vie est de 7,2 sur 10 en 2024, un niveau stable depuis 2014, selon l'Insee. Elle augmente avec le revenu, mais pas sans fin : les 10 % les plus aisés se donnent en moyenne 8 sur 10, pas 10.
Une étude publiée en 2023 dans la revue de l'Académie nationale des sciences des États-Unis (PNAS) va dans le même sens. Chez la plupart des gens, le bien-être continue de progresser quand les revenus augmentent. Chez les personnes les moins heureuses, en revanche, il cesse de progresser au-delà d'un certain niveau : gagner plus ne règle plus ce qui pèse.
D'où vient ce décalage ?
Il n'y a pas une cause unique. Trois situations reviennent pourtant souvent.
- une vie construite pour répondre aux attentes des autres : la famille, le milieu, le métier
- une réussite atteinte, qui ne nourrit plus comme on l'espérait
- des choix faits il y a longtemps, par une personne que vous n'êtes plus tout à fait
La recherche sur la motivation éclaire ce point. La théorie de l'autodétermination, l'une des plus étudiées dans ce domaine, propose que le bien-être repose sur trois besoins : se sentir l'auteur de ses choix, se sentir capable, et se sentir relié aux autres (Ryan et Deci, 2000). Une vie peut cocher toutes les cases vues de l'extérieur et laisser le premier de ces besoins de côté.
C'est souvent là que se trouve la vraie question : dans cette vie qui fonctionne, qu'est-ce que vous avez vraiment choisi, et qu'est-ce que vous avez seulement accepté ?
Ce que j'ai vu en accompagnant
En cabinet, j'ai souvent entendu la même phrase, presque mot pour mot : « Je ne vais pas me plaindre, sur le papier tout va bien, j'ai tout pour être heureux. » Les personnes qui la disent sont rarement fragiles. Ce sont celles qui tiennent, qui gèrent, sur qui tout le monde s'appuie. Souvent, elles attendaient d'avoir une vraie raison d'aller mal pour s'autoriser à en parler.
Ce qui n'aide pas, et ce qui aide
Deux réflexes reviennent. Se raisonner : « ça ira mieux après les vacances ». Ou rêver de tout quitter. Le premier apprend à ne plus écouter ce qu'on ressent. Le second propose une réponse avant d'avoir compris la question.
Ce qui aide commence en général plus petit :
- nommer précisément ce qui manque, plutôt que ce qui ne va pas
- repérer ce qui vous donne encore de l'élan, même un peu
- distinguer ce que vous voulez de ce que vous pensez devoir vouloir
- chercher un ajustement à votre mesure, sans mettre en péril ce qui compte pour vous
Pour commencer seul, le carnet gratuit « Sur le papier, j'ai réussi » propose sept étapes courtes. Et si le malaise touche surtout votre manière de vivre, l'article sur l'envie de tout plaquer aide à ne pas confondre changer et fuir.
Quand faut-il en parler à un médecin ?
Si cette absence d'envie dure depuis plusieurs semaines, s'accompagne d'une grande fatigue, d'un sommeil ou d'un appétit perturbés, ou d'une perte d'intérêt pour presque tout, parlez-en d'abord à un médecin.
Si des idées noires apparaissent, appelez tout de suite les services d'urgence du pays où vous êtes. En France, le 3114 est gratuit et joignable 24 h/24 et 7 j/7.
Ce qu'une séance peut vous apporter
On part de votre vie telle qu'elle est, avec ce que vous tenez à garder. On cherche ce qui s'est décalé, depuis quand, et ce qui la rendrait plus juste pour vous, à votre rythme.
Vous n'avez pas besoin d'une raison « suffisante » pour venir. « Tout va bien et je ne me sens pas bien » est un très bon point de départ : c'est le cœur de la séance « Ma vie ne me correspond plus ». Cet accompagnement est non médical : il peut venir en complément d'un suivi, jamais à la place.
À retenirAvoir tout pour être heureux et ne pas l'être n'a rien d'ingrat. Le bien-être ne se résume pas à une situation enviable : ce décalage mérite d'être écouté, pas excusé.