Comprendre ne suffit pas toujours à changer
Prenez une personne qui sait parfaitement ce qui ne va pas. Elle dit oui trop vite, elle le sait. Elle reste dans un poste qui l'use, repousse une conversation importante, se couche trop tard en se promettant que demain sera différent. Elle a lu, réfléchi, parlé avec ses amis. Elle a tout compris. Rien n'a bougé.
La conclusion vient toute seule, il lui manquerait de la volonté. Il faudrait se secouer, être plus discipliné, arrêter de se trouver des excuses. Alors on se pousse un peu plus fort, on tient trois jours, puis on retombe. Par-dessus la difficulté de départ s'ajoute une couche de reproches. « Je sais, je ne fais pas, donc quelque chose cloche chez moi. »
Je vois les choses autrement. Savoir ce qu'il faudrait faire et réussir à le faire ne passent pas par le même chemin. La compréhension se passe dans la tête, alors que le changement se joue dans vos journées, vos relations, votre fatigue, vos peurs, vos habitudes. Entre les deux s'étend un espace que presque personne ne regarde.
Si comprendre suffisait, les rayons de livres sur le sujet auraient réglé la question depuis longtemps.
Ce que votre habitude protège
Un comportement qui résiste a sa logique. Il vous a été utile un jour, et il l'est peut-être encore d'une certaine manière, même s'il vous coûte cher aujourd'hui. Tant que cette utilité reste invisible, il continue, parce que le quitter reviendrait à perdre quelque chose que vous n'avez pas encore nommé.
Dire oui à tout peut tenir à distance la peur de décevoir, ou d'être moins aimé. Repousser une décision évite de se tromper. En restant dans une situation qui ne convient plus, on se met à l'abri de l'inconnu et du regard des autres, ou on reste fidèle à quelqu'un. Quant à l'agitation permanente, elle permet de ne pas sentir une fatigue qu'on ne s'autorise pas à reconnaître.
Quelques questions peuvent aider à le voir, à condition d'y répondre honnêtement, sans chercher la bonne réponse :
- Qu'est-ce que je risquerais de perdre si je changeais vraiment ?
- Qui serait déçu, surpris ou dérangé ?
- Qu'est-ce que cette habitude m'évite de ressentir ?
- Depuis quand est-ce que je fonctionne comme ça, et qu'est-ce qui l'a rendu nécessaire ?
Le bras de fer avec soi-même
Quand on force un changement sans tenir compte de ce que l'ancien comportement protège, on se met en conflit avec soi-même. Une partie de vous veut avancer, une autre a de bonnes raisons de freiner. La seconde l'emporte la plupart du temps, parce qu'elle défend quelque chose qui lui semble vital.
Les grandes résolutions tiennent si rarement pour cette raison. Elles demandent de changer beaucoup d'un coup, sans avoir regardé ce qu'on perd en changeant. Vous connaissez sans doute la suite. Un gros effort, un relâchement, puis la conviction que vous n'y arriverez jamais.
Reste la fatigue, dont on parle trop peu. Changer demande de l'énergie, et certaines personnes qui n'y arrivent pas sont tout simplement à bout. Leur demander un effort de plus, c'est leur demander ce qu'elles n'ont plus.
Le problème n'est peut-être pas que vous n'en faites pas assez. Il s'agit parfois d'en faire moins, au bon endroit.
De la prise de conscience au concret
Une prise de conscience est un point de départ. Elle devient utile quand elle se transforme en quelque chose que vous pouvez faire cette semaine, dans votre vraie vie, celle où vous n'êtes ni toujours reposé, ni toujours disponible, ni toujours sûr de vous.
Ce passage commence par regarder ce que le changement vous coûterait, et pas seulement ce qu'il vous apporterait. Il faut ensuite un premier pas assez petit pour être fait même un jour de fatigue. Puis on observe ce qui se passe quand vous le faites, ce qui résiste, ce qui se libère, ce que vous ressentez.
Un premier pas peut être minuscule. Répondre « je vous redis demain » au lieu d'un oui immédiat. Bloquer une heure dans la semaine et ne rien y mettre. Poser une seule question dans une conversation que vous évitez depuis des mois. Ces petits essais vous apprennent sur vous ce que la réflexion seule ne pouvait pas vous apprendre.
Un essai qui ne marche pas vous renseigne lui aussi, sur ce qui résiste encore et sur ce dont vous auriez besoin pour aller un peu plus loin.
Ce qu'un regard extérieur peut apporter
Seul, on repasse par les mêmes chemins. On connaît ses propres arguments par cœur, et ils finissent toujours au même endroit. En séance, j'écoute en entier, je repère ce qui revient, ce qui se contredit, ce qui semble séparé mais appartient à la même histoire.
Le blocage qui vous amène n'est pas toujours le seul en jeu, il en cache parfois un autre, plus large. Quoi qu'il en soit, on ne s'arrête pas à la compréhension. On cherche ensemble ce qui peut changer, à votre rythme, en tenant compte de ce que vous tenez à préserver. Je ne décide pas à votre place, je vous aide à voir assez clair pour choisir.
Si ce qui vous bloque dépasse une difficulté de vie, par exemple si votre état vous inquiète, si vous ne dormez plus ou si vous vous sentez en danger, parlez-en d'abord à un médecin, ou contactez les services d'urgence de votre pays.
À retenirSi vous savez quoi faire sans y arriver, cherchez d'abord ce que votre habitude protège. C'est à partir de là qu'un changement devient possible.