Être hypersensible, qu'est-ce que ça veut dire ?
C'est percevoir plus finement que la moyenne ce qui se passe en soi et autour de soi, qu'il s'agisse des émotions, des ambiances, des détails ou des tensions entre les personnes. Il s'agit d'une manière de percevoir, et non d'une maladie ou d'une faiblesse.
Le mot est partout aujourd'hui. On trouve des listes de signes, des tests en ligne, des livres entiers. Il peut faire beaucoup de bien. Mettre un nom sur ce qu'on vit, c'est découvrir qu'on n'est pas « bizarre », ni seul à fonctionner comme ça. Un mot peut aussi enfermer, pourtant. « Je suis hypersensible, donc je ne supporte pas les conflits, donc je n'y peux rien. » L'étiquette finit par tout expliquer, et plus rien ne bouge.
Savoir si vous cochez toutes les cases d'une liste m'intéresse assez peu. Je préfère comprendre comment votre sensibilité fonctionne chez vous, ce qu'elle capte, ce qui l'épuise, ce qu'elle vous apporte. Deux personnes très sensibles peuvent la vivre de façon opposée. L'une se nourrit de la foule, l'autre la fuit. L'une pleure facilement, l'autre ne montre rien et encaisse tout à l'intérieur.
Pourquoi est-ce que je ressens tout aussi fort ?
Vous captez sans doute beaucoup d'informations à la fois, et vous les laissez résonner longtemps. Vos émotions ne sont pas forcément disproportionnées. Elles arrivent avec le volume au maximum, et sans pause entre deux.
Pour vous, une remarque n'est jamais seulement une remarque. Vous percevez le ton, le regard qui l'accompagne, ce qui n'a pas été dit. Puis vous y repensez le soir, en vous demandant ce que l'autre voulait vraiment dire. Là où d'autres passent à autre chose, vous continuez à digérer.
Cette finesse a parfois été aiguisée pour de bonnes raisons. Quand on a grandi dans un environnement où il fallait deviner l'humeur des autres pour savoir comment se comporter, on apprend à tout remarquer, et la sensibilité se transforme en vigilance permanente. Utile à l'époque, elle l'est peut-être moins aujourd'hui, et elle coûte cher.
Enfin, la fatigue change tout. Quand vous êtes reposé, vous gérez plutôt bien ce que vous percevez. Quand vous êtes à bout, tout devient plus fort, plus bruyant, plus envahissant. Ce que vous attribuez à votre sensibilité est parfois, d'abord, un manque de récupération.
L'hypersensibilité, une force ou une fragilité ?
Ni l'une ni l'autre par principe. La sensibilité est une finesse de perception, qui devient une ressource ou une source d'épuisement selon la façon dont on vit avec elle.
Deux discours dominent. L'un répète « tu es trop sensible, il faut t'endurcir », et vous demande au fond de cesser d'être vous-même. L'autre promet que l'hypersensibilité est un super-pouvoir, ce qui vous laisse croire que vous échouez si vous n'en faites pas une force rayonnante. Aucun des deux ne ressemble à la vie.
Dans la réalité, c'est la même capacité qui vous fait sentir le malaise d'une amie avant qu'elle en parle, et qui rend épuisant un dîner à douze personnes. On ne peut pas garder l'une et supprimer l'autre. On peut, en revanche, apprendre à mieux vivre avec les deux.
On peut aussi être très sensible et très solide. Des personnes sensibles tiennent des postes exigeants, portent leur famille, décident vite quand il le faut. Elles le paient seulement parfois plus cher que les autres, et en silence. Je suis moi-même quelqu'un de très sensible, et solide à la fois. Les deux cohabitent bien, à condition de ne pas faire semblant que l'une des deux n'existe pas.
Que faire quand on est hypersensible et épuisé ?
Plutôt que d'essayer de moins ressentir, cherchez à mieux doser ce à quoi vous vous exposez, et accordez-vous de vrais temps de récupération. Inutile de chercher à vous endurcir. Il s'agit plutôt d'arrêter de vivre au-dessus de vos moyens émotionnels.
On vit volontiers comme si l'on disposait du même budget d'énergie que tout le monde. Réunions enchaînées, soirées, notifications, conversations chargées, et aucun moment pour digérer. Puis on en conclut qu'on est fragile, alors qu'on est surtout surchargé.
Les ajustements utiles restent modestes. Arriver dix minutes plus tôt pour ne pas entrer dans une réunion en courant. Quitter une soirée avant d'être à bout, sans vous justifier. Ne pas répondre tout de suite à un message qui vous a remué. Garder une heure calme après une journée chargée. Ces gestes ne font pas de vous quelqu'un de compliqué, seulement quelqu'un qui connaît son fonctionnement.
Ces quelques questions peuvent vous aider à y voir plus clair.
- Qu'est-ce qui me vide, et qu'est-ce qui me recharge ?
- Après quelles situations ai-je besoin d'un moment seul, même court ?
- Qu'est-ce que je m'impose parce que « tout le monde le fait » ?
- À qui ai-je du mal à dire que c'est trop pour moi ?
Comment en parler à son entourage ?
Décrivez ce que vous vivez plutôt que de présenter une étiquette. « J'ai besoin d'une heure au calme en rentrant, ce n'est pas contre toi » aide davantage vos proches que « je suis hypersensible ».
Si vous avez passé des années à vous excuser d'être « trop », trop émotif, trop susceptible, vous avez peut-être appris à vous cacher, ou à vous adapter à tout le monde. On devient alors expert des émotions des autres et débutant dans les siennes.
Il arrive aussi qu'une personne sensible se sente simplement différente. Dans un groupe, elle remarque ce que personne ne semble voir, et finit par se demander si le problème vient d'elle. Il ne vient peut-être de personne. Elle perçoit autre chose, voilà tout. Ce sentiment de décalage revient aussi chez beaucoup d'adultes à haut potentiel, j'en parle dans l'article adulte à haut potentiel.
Votre entourage n'a pas besoin de tout comprendre de votre sensibilité. Il a besoin de savoir ce qui vous aide, ce qui vous pèse et comment vous le dire. Vous avez le droit de demander un peu d'ajustement, sans avoir à prouver que vous allez assez mal pour le mériter.
Travailler avec votre sensibilité
En séance, on cherche à comprendre comment votre sensibilité fonctionne chez vous, ce qui la déborde, et comment organiser votre vie pour qu'elle cesse de vous épuiser. On part de situations réelles plutôt que d'un portrait type.
On peut regarder les moments où vous vous sentez submergé, les réactions que vous ne comprenez pas, ce qui vient de vous et ce que vous absorbez chez les autres. Ce qui ressemble à une émotion « en trop » est parfois une émotion juste, gardée pour soi depuis trop longtemps. Dans d'autres cas, c'est le rythme de vie qui ne laisse aucune place à la récupération. Je vous dis franchement ce que je remarque, puis on cherche des ajustements, comme une limite à tester, un rythme à revoir ou une phrase à oser dire.
L'accompagnement ne cherche pas à vous rendre moins sensible, et il ne pose aucune étiquette sur vous. Il vous aide à vivre avec votre sensibilité plutôt que contre elle.
Si ce que vous ressentez devient envahissant au point de vous empêcher de dormir, de travailler ou de vivre normalement, ou si des idées noires apparaissent, parlez-en d'abord à un médecin, ou contactez les services d'urgence de votre pays.
Si vous vous sentez souvent débordé par vos émotions ou sous tension, la page Gérer son stress et ses émotions détaille ma façon de travailler sur ce sujet, qui est une de mes spécialités.
À retenirPlutôt que de chercher à ressentir moins, apprenez à ne plus vivre au-dessus de vos moyens émotionnels.