Des mois à peser le pour et le contre
Une hésitation qui dure vient rarement d'un manque de réflexion. Quand on hésite depuis des mois, on a en général tout pesé, dans tous les sens, à trois heures du matin comme sous la douche. On connaît ses arguments par cœur, et la pensée finit par tourner sur elle-même pour revenir toujours au même endroit.
Ce qui retient tient moins à un manque d'information qu'à un espoir rarement formulé, celui de trouver l'option sans aucun inconvénient. Celle qui permettrait de tout garder, de ne décevoir personne et d'être sûr de ne jamais le regretter. Tant qu'on la cherche, on ne décide pas.
Il arrive aussi qu'on demande l'avis de tant de personnes qu'on ne sait plus quelle voix est la sienne. Chacun a son opinion, sincère ou un peu intéressée. Au bout d'un moment, on n'hésite plus entre deux options mais entre dix avis.
Pendant ce temps, la question prend une place énorme. Elle s'invite dans les conversations, grignote le sommeil, colore tout le reste. L'hésitation finit par fatiguer davantage que n'importe laquelle des options.
La décision parfaite n'existe pas
Toute vraie décision a un prix. Choisir, c'est renoncer à quelque chose, même quand on choisit bien. Si l'une des options était gratuite, vous auriez tranché depuis longtemps, et vous ne seriez pas en train de lire cet article.
Accepter cela change la question. On ne cherche plus la bonne réponse, celle qui serait juste pour tout le monde et pour toujours. On cherche la réponse la plus juste pour vous, aujourd'hui, avec ce que vous savez et ce que vous êtes prêt à assumer. La décision n'en devient pas facile pour autant, mais elle devient possible.
Reste une option qu'on oublie de compter, celle de ne pas décider. Elle a l'air neutre, elle ne l'est pas. Rester dans l'entre-deux coûte de l'énergie, de la disponibilité, et parfois des occasions qui passent. Cette option a ses propres conséquences, comme les autres.
Ce que chaque option coûte et protège
Plutôt que d'aligner des avantages et des inconvénients, je vous propose de regarder chaque option sous un autre angle, en vous demandant ce qu'elle vous coûterait et ce qu'elle protège, en plus de ce qu'elle vous apporterait.
Rester protège une sécurité, une relation, une image ou une loyauté. Partir protège une liberté, un espoir, ou une part de vous qui étouffe. Tant que ces enjeux restent invisibles, les listes ne servent pas à grand-chose. Une fois qu'on les a nommés, l'hésitation se lit beaucoup mieux.
On s'aperçoit parfois qu'on hésite moins entre deux options qu'entre deux peurs, celle de regretter d'être parti et celle de regretter d'être resté. Les nommer ne les fait pas disparaître, mais on sait enfin ce que l'on pèse.
Les recherches sur le regret donnent un repère utile : à court terme, on regrette davantage ce qu'on a fait ; avec les années, ce sont plutôt les occasions laissées passer qui pèsent (Gilovich et Medvec, 1995).
Quelques questions peuvent aider, à condition d'y répondre franchement :
- Qu'est-ce que je perdrais vraiment avec chaque option ?
- Qu'est-ce que chacune me permet d'éviter ?
- Si personne ne devait jamais savoir ce que j'ai choisi, que ferais-je ?
- Dans quelques années, quel regret me semblerait le plus lourd ?
Décider avec soi plutôt que contre soi
Beaucoup de décisions difficiles opposent ce qu'on voudrait et ce qu'on pense devoir faire. Les attentes de la famille, du milieu professionnel, de l'image qu'on s'est construite pèsent lourd, sans même qu'on s'en rende compte. On finit par ne plus savoir si l'on désire quelque chose ou si l'on croit devoir le désirer.
Décider avec soi commence par distinguer ce qui vient de vous de ce qui vient des autres, puis par tenir compte de toutes vos parts, y compris celle qui a peur. La peur n'a pas forcément raison. Elle a pourtant quelque chose d'utile à dire, et l'ignorer complètement mène à des décisions qu'on n'arrive pas à tenir.
Une décision prise contre une partie de soi a tendance à se défaire dans les semaines qui suivent. Celle qui tient compte de ce qui résiste met parfois plus de temps à venir, mais elle tient mieux.
Un exercice simple peut aider. Vivez une journée entière en imaginant que la décision est prise dans un sens. Le lendemain, faites de même dans l'autre sens. Le soulagement, la tristesse ou le poids qui apparaissent disent ce que les listes taisent.
Décider sans certitude
Attendre d'être sûr peut durer indéfiniment. La certitude arrive rarement avant la décision, elle se construit après, en vivant ce qu'on a choisi.
Il existe aussi des manières de décider par étapes. Tester une partie du changement avant de tout engager. Fixer une date à laquelle vous ferez le point. Choisir une direction sans connaître encore tous les détails du chemin. Vous n'avez pas besoin de tout savoir pour faire le premier pas, et beaucoup de choix peuvent d'ailleurs être ajustés, corrigés ou revus en chemin. S'en souvenir retire une partie du poids qui paralyse.
En séance, je ne décide pas à votre place. Je vous aide à voir clair dans ce qui vous retient, à entendre ce que vous savez déjà sans oser le dire, et à trouver une manière de décider qui vous ressemble. Le choix reste le vôtre, du début à la fin.
Il arrive qu'à la fin d'une séance, la décision ne soit pas encore prise tout en ayant changé de nature. On sait mieux ce qu'on pèse, ce qu'on craint, ce qu'on veut protéger. Décider devient alors une question de moment, plus seulement de courage.
Si cette hésitation s'accompagne d'une détresse qui vous inquiète, de nuits sans sommeil ou du sentiment d'être en danger, parlez-en aussi à un médecin, ou contactez les services d'urgence de votre pays.
À retenirVous n'avez besoin ni de la décision parfaite, ni d'une certitude. Il vous faut une décision assez juste pour vous, que vous pourrez assumer.